Les Croques-Mitaines #2 – Mai 68 à la barre?

Les croque-mitaines, ce sont ces monstres imaginaires présents dans toutes les cultures, destinés à faire peur aux enfants. Ces derniers savent, que s’ils ne sont pas sages, ou s’ils s’aventurent seuls trop loin de chez eux, ils risquent de se faire enlever et dévorer par une de ces créatures.

Ces croque-mitaines existent bel et bien. Leur nom dans le monde réel, celui qu’emploient les adultes pour les désigner, c’est « prédateur sexuel d’enfants », ou tout simplement « pédophile ». C’est à eux que sera consacré cette série d’articles. Il ne s’agira pas de dénoncer un phénomène en constante hausse tel que les drames intra-familiaux (près de 80 % des agresseurs seraient des proches) qui sont malheureusement légion. Ils s’agira plutôt de pointer du doigt une forme de prédation toute particulière, qui est moins l’œuvre du premier déséquilibré venu, que d’une meute organisée, sadique, perverse et tapie dans l’ombre. Nous parlerons de pédocriminalité de réseau et d’élite. Au fil des articles, nous passerons en revue les différents signes de l’existence de ces réseaux, et surtout quels visages ceux-ci peuvent prendre. Le but de cette série (un nouvel article tous les mois), est d’inciter à la vigilance sur tous les fronts.

Il était un petit navire…

ecole en bateau« Ce n’est pas le procès d’une époque, ça n’a pas été le procès d’une époque, ça a été juste le procès d’agissements criminels et pédophiles ». Cette phrase lancée à la presse par Maître Eric Morain, avocat des victimes de l’École en Bateau, laisse perplexe. L’entreprise de Léonide Kameneff a pourtant tout de ce que l’idéologie libertaire peut produire de plus sordide. Loin de la joyeuse bouffonnerie, de cette fête enivrante qui a épris la France un mois durant, et l’a marquée à jamais, la sombre affaire Kameneff est bel et bien un pur produit de Mai 68, de sa part la plus noire, la plus taboue.

Revenons en arrière. Nous sommes en 1969. Léonide Kameneff est alors âgé de trente-deux ans, il est un ancien instituteur reconverti dans la psychologie. C’est d’ailleurs à ce titre que, cette année-là, il fonde l’École en Bateau, une école alternative, une sorte d’expérience éducative. Le principe est novateur, libertaire, alléchant et particulièrement dans l’air du temps. Il s’agit de réunir plusieurs enfants, de leur faire former un équipage de voilier et leur faire entreprendre un long voyage, le temps d’une année scolaire. Traités d’égal à égal avec les adultes, encadrés plus que dirigés, cette expérience visait à les émanciper par l’effort, à leur faire gagner en autonomie en les traitant comme des adultes.

C’est l’expression la plus parfaite du jeunisme : affirmer que les enfants sont parfaitement matures et qu’ils ne demandent qu’à vivre une vie d’adulte comme les autres ! Une expérience qui tombe à pic, à une époque où il est « interdit d’interdire »…

L’école alternative de Kameneff rencontre un certain succès chez beaucoup de parents en soif de progressisme. Dix ans plus tard, il publie un livre pour y exposer les théories pédagogiques mises à l’œuvre sur le bateau, Écoliers sans Tabliers. Un livre où l’on peut d’ailleurs trouver des formulations de ce type (citées pour certaines par Libération) :

« Enfants, je ne crois pas en votre minorité. »

« Je ne vois aucune raison objective à l’interdiction des rapports sexuels aux enfants. On violente pas mal au nom de l’éducation. Le sexe, ce serait quand même plus caressant. »

« Nous expérimentons une forme d’existence où l’enfant n’est pas considéré comme un être à part et mineur. Il a les mêmes droits que l’adulte : droit de ne pas « aller à l’école », droit de « travailler », droit de choisir ce qu’il veut apprendre, etc. Il a aussi les mêmes obligations, dont celle de se considérer comme responsable de ses actes. Il est normal, alors, que sur le plan sexuel, il ait également les mêmes droits et devoirs que les adultes: droit de vivre sa sexualité comme il en a envie mais ce dans le respect des autres personnes. »

« Question : où était le mal ? Dans la sodomisation recherchée, ou en tout cas acceptée par ce garçon, pour ce morceau de plaisir qu’il s’est offert ? Mais ça n’a pas à nous plaire ou à nous déplaire : ce n’est pas nous qui sommes concernés, quand même ! »

« Les relations sexuelles, ce sont des relations physiques. Comme tout ce qui est physique, il faut y aller progressivement avec les enfants : un enfant de 10 ans ne porte pas un sac de 40kg ! C’est pareil pour la sexualité. »

La publication de cet ouvrage n’alerte personne. Les parents qui, pour la plupart ont lu le livre, envoient quand même leurs enfants à l’École en Bateau, confiants. Il convient de se demander pourquoi. Parce que Léonide Kameneff est un psychologue et qu’il a été instituteur, en bref, il inspire la confiance. Même si aujourd’hui, le fait d’avoir été instituteur n’écarte plus les soupçons (bien au contraire), la médiatisation autour de la pédocriminalité n’était pas la même. C’est aussi l’époque qui veut ça. En 1979, nous sommes encore dans le sillage de la révolution sexuelle. Les travaux de Kinsey sur la sexualité infantile fascinent toujours, ailleurs, ce sont les minorités sexuelles qui s’agitent et prônent la « sexualité alternative ». La pédophilie en fait alors partie, et profite de ce même vent de progressisme. C’est à cette époque que le mot « consentement » s’installe dans toutes les têtes en matière de sexualité, y compris pour les enfants et les adolescents, pressés de s’émanciper dit-on, de la « pression familiale ». Songeons que trois ans plus tard, Daniel Cohn-Bendit a pu dire sur un plateau de télévision, à une heure de grande écoute, qu’il était fantastique de se faire déshabiller par une petite fille de cinq ans, sans que personne ne se révolte !

La publication de cet ouvrage n’a donc pas fait scandale, et n’a empêché ni les parents de laisser leur enfant à un prédateur, ni l’émission de France 3 Thalassa de réaliser en 1981 un documentaire très complaisant à l’égard de l’expérience de Kameneff.

(Le documentaire de Thalassa est disponible sur le site de l’INA pour 1,99 euros, ici)

Pourtant, la vérité éclate au grand jour. Une première plainte est déposée en 1994. Puis une deuxième en 1998. Une troisième en 2000, et c’est l’avalanche. Beaucoup des faits sont prescrits. Seuls neuf plaintes sur les vingt-neuf ont pu être retenues. Mais c’est amplement suffisant. A l’issue d’un procès d’une dizaine de jours, Léonide Kameneff est condamné à douze ans de réclusions criminelle.

La vitrine pédophile

Cette affaire doit nous interpeller, en cela qu’elle est révélatrice de ce que sont les choses derrières ce qu’on veut bien en montrer. Nous avons déjà parlé dans un précédent article de la pédocriminalité de réseau, lorsque celle-ci prenait la forme de secte satanique. Il en existe aussi une autre forme, plus « douce » en apparence, pavée de « bonnes intentions », mais dont la réalité est tout aussi violente et traumatisante. Profitant de l’effervescence de Mai 68, de nombreux pédophiles comme Léonide Kameneff ont tenté de faire accepter leur sexualité déviante à l’opinion publique, la mettant au même plan que les sexualité dites « périphériques » comme le libertinage ou l’homosexualité.

L’époque a changé, mais ces « promoteurs » de la pédophilie existent toujours, comme en atteste l’existence de sites ouvertement « pédérastes » (un nom plus léger pour désigner peu ou prou la même chose), dont un a publié un bulletin défendant la sexualité de Kameneff au lendemain du procès. Ces promoteurs n’auront de cesse de minimiser la portée de tels actes, essayant de les normaliser au possible, comme au bon vieux temps de la libération sexuelle. Et ces beaux discours ne feront que cacher une réalité bien sordide. Méfions-nous, donc, de certains discours, par trop « libertaires »…

Pour se rendre bien compte de ce qui se cache derrière les belles paroles, et la libération sexuelle des enfants, nous ne saurions mieux vous recommander le visionnage du reportage poignant de Laurent Esnault et Réjane Varrod, Ecole en Bateau, Enfance Sabordée, sur les victimes de Kameneff, qui témoignent durant la tenue du procès. Un témoignage poignant qui montre toute la souffrance qui a accompagné la vie de ces enfants, devenus adultes…

(Reportage disponible pour 1,99 euros, ici)

 

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Auteur : mathieucjvergez

Musicien, étudiant en journalisme et apprenti pamphlétaire. Atteint de populisme aigu.

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