De la remise en question du totem féministe

En parlant de néo-puritanisme, je n’avais pas l’intention de parler de féminisme, du moins, pas pour le moment. Hélas, les impératifs étant ce qu’ils sont, une bonne amie à moi (que je salue) m’a demandé de coucher sur papier tout ce que je pouvais reprocher à ce mouvement de libération des femmes. N’écoutant que mon esprit de contradiction, et ne voulant pour rien au monde rater une occasion de transgresser les totems et de jeter mon pavé dans la mare, je me suis adonné à cet exercice ô combien périlleux.

Voici donc ce fameux tour d’horizon du féminisme, reproduit ici, corrigé en une version plus conforme à la publication…

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[NOTE: Cet article a d’ores et déjà, un jour à peine après sa rédaction, suscité une réponse de la part de quelqu’un qui a eu le « privilège » de le lire avant sa publication. Sans vouloir résumer de manière hasardeuse la pensée de mon détracteur, cette personne s’est positionnée contre les idées développées ci-après. Afin de montrer patte blanche et de démontrer, ici et directement, que nous ne sommes pas fermés au débat – bien au contraire – voici le lien de la première partie de son article de réponse: ici ]

Je précise d’emblée que je n’ai rien à reprocher au féminisme de première vague, autrement dit celui des suffragettes, pour parler vite. En effet, il me semble aujourd’hui assez rétrograde de vouloir revenir sur le droit de vote des femmes, le droit à l’éducation, et le droit au divorce. Comme d’habitude, il faut commencer par enfoncer les portes ouvertes.

Pourquoi l’égalité hommes-femmes n’est pas l’interchangeabilité des sexes.

Je précise également que ma vision de l’égalité hommes-femmes se limite à l’égalité de « traitement », et à l’égalité du droit de s’émanciper (ou non) de ses déterminismes, qu’ils soient biologiques, psychologiques ou socio-économiques. L’égalité hommes-femmes telles que je la conçois s’arrête là. Hommes et femmes ne sont pas, pour moi, interchangeables, dans le sens où l’on peut parler d’abord d’organes masculins ou féminins, ensuite d’attitude masculine ou féminine, de traits masculins ou féminins, et même (oserai-je…) d’activités ou de métiers d’hommes ou de femmes. Bien entendu, ces considérations sexuées sont multifactorielles et ont des origines soit très biologiques (les premiers exemples), soit très culturelles (les derniers exemples), mais jamais, selon moi, uniquement culturelles. Pour moi, la construction sociale du genre n’est qu’un mythe destiné à nourrir l’idée de l’interchangeabilité des sexes, justement.

Judith Butler, en réalisant la dichotomie entre sexe et genre au début des années 90 a inauguré ce qui allait devenir le féminisme de troisième vague. Même si une distinction entre les deux peut s’avérer pertinente, une complète dichotomie me paraît une aberration, car le sexe dit « biologique » est un des facteurs (et non des moindres…) déterminants du genre. Pour Butler (et de nombreuses féministes après elle…), le genre n’est qu’un ensemble de performances à connotation sexuée (l’homme entretient sa musculature ; la femme entretient sa beauté, par exemple) constitutive d’une construction sociale. En clair, lorsqu’une femme se maquille le matin, qu’elle prend soin de son environnement immédiat (ménage, rangement…), qu’elle se surprend à aimer les nourrissons ou s’occuper d’un être plus faible (animal de compagnie…), elle ne ferait que reproduire un ensemble de performance qui ensemble construisent l’image mentale collective, soit le stéréotype de la féminité (la raison de cette reproduction étant à chercher dans le conditionnement social). Comme le mot « stéréotype » est mal connoté, il conviendrait alors de s’émanciper de ces performances, et sortir du stéréotype. Butler semble complètement aveugle au fait que, si les femmes aiment prendre soin de leur environnement immédiat et d’êtres proches des enfants ou des êtres plus faibles (et c’est d’autant plus vrai à mesure qu’elles mûrissent selon moi), se tournent majoritairement vers des métiers à forte connotation maternelle (institutrice, infirmière, etc.), c’est peut-être avant tout parce qu’elles ont un utérus, beaucoup plus que par simple « construction sociale ». Même chose du côté des hommes : leur violence et leur goût pour la transgression est peut-être dû à leur musculature supérieure, à l’œdipe (tuer le père en le surpassant), et au côté « pénétrant » de leur sexualité, avant d’être une simple « construction sociale » reproduite (même si, évidemment, la reproduction sociale est bien présente).

Si le genre n’est qu’une construction sociale (ce que j’affirme être faux), alors il existe des moyens de s’émanciper du déterminisme social et donc, de se « réinventer un genre ». Les hommes pouvant alors se comporter « comme des femmes », et les femmes se comporter « comme des hommes ». Il y a bien sûr des exemples de féminisation d’hommes et de virilisation de femmes, mais là où pour le féminisme, ces exemples sont des preuves de l’interchangeabilité des sexes, ils ne sont en réalité 1°) souvent que des épiphénomènes ; 2°) dans tous les cas des symptômes de la myriade de nuances qui existe en ce qui concerne le déterminisme de genre (il y a du masculin dans la femme, il y a du féminin dans l’homme), ce qui fait que tous les hommes ne sont pas tous au mieux des héros et au pire des bourrins, et que toutes les femmes ne sont pas au mieux des mères et au pire des pétasses. Pour prouver que les sexes sont bel et bien interchangeables (et que le genre n’est qu’une construction sociale), il faudrait qu’à l’échelle d’une société entière, on puisse quantifier au moins un quart des femmes reproduisant des schémas masculins, et inversement : nous sommes encore très loin du compte.

Cette idée d’interchangeabilité des sexes n’est pas étrangère à l’explosion de l’emploi dans le secteur tertiaire. Le secteur primaire (exploitation des ressources naturelles), et le secteur secondaire (transformation des ressources naturelles) nécessitant de fournir un effort physique plus important que dans le tertiaire, il était normal qu’avant les années 60, la femme étant moins forte que l’homme sur le plan physique, qu’elle soit émancipée partiellement ou totalement du travail pour s’occuper de tâches moins physique, comme la tenue du foyer ou l’éducation des enfants. Mais à partir des années 60, cette division sexuelle du travail a eu de moins en moins de sens à mesure qu’augmentait de manière fulgurante la proportion de l’emploi dans le secteur tertiaire : les services, l’ingénierie, l’administratif, la finance etc., soit l’explosion des emplois de bureau. En effet, nul besoin d’être un homme ou une femme pour travailler dans un bureau. C’est d’ailleurs une des raisons qui tisse le lien entre féminisme et (moyenne) bourgeoisie, mais j’aurais l’occasion d’y revenir.

Le mythe de l’interchangeabilité des sexes et la déconstruction du genre vantées par les féministes, peut à mon avis, dans les pires des cas, provoquer des dissonances cognitives quant à l’identification sexuelle, notamment chez les jeunes. Un garçon qui, par exemple, ayant une sensibilité naturelle, un goût pour les arts et une certaine aversion de l’activité physique et de beaucoup d’activités traditionnellement masculines peut se poser la question de la faillibilité de sa propre virilité. Il s’avère que la virilité ne passe pas forcément que sur la force physique, les exploits sportifs, mais aussi par la transgression (au nom d’une certaine idée du Vrai et du Beau), ce qui peut tout à fait se traduire par la subversion littéraire ou politique. Pour dire un mot sur les transsexuels, l’institut Williams a mesuré un taux de tentative de suicide aux Etats-Unis pour les personnes transgenres qui s’élève à 44 %, soit dix fois plus que la moyenne nationale. En plus de la souffrance liée à la transphobie, ce chiffre incroyablement élevé témoigne du malaise présent dans cette population, et même si, faute d’études sérieuses sur le sujet, peu d’éléments attestent d’un quelconque lien entre troubles de l’identité sexuelle et dépression, on peut à mon avis se permettre de le deviner, et d’être finalement assez mal à l’aise (pour ma part) devant les tentatives de promotion du changement de sexe via la chirurgie. (Liens des sources : http://www.slate.fr/monde/83161/suicide-trans-americains // http://reinformation.tv/bruce-jenner-walt-heyer-transsexuel-suicides-changement-sexe/ )

Pourquoi le féminisme est une idéologie bourgeoise (et pourquoi on ne peut être à la fois anti-libéral et féministe)

Là on entre sans doute dans le dur de la critique. Le caractère bourgeois du féminisme s’est réellement épanoui à partir de la deuxième vague, notamment et surtout lorsqu’il a été question du travail des femmes. Le droit au travail des femmes est une formule impropre, en ce sens que les femmes ont toujours travaillé. En 1965, en France, elles ont simplement eu le droit de le faire sans l’autorisation de leur mari, la loi sur l’égalité salariale est entrée en vigueur sept ans plus tard. Dans les couches populaires, elles ont toujours travaillé, soit comme « assistante » du mari lorsque celui tenait (avec sa femme, donc) une « entreprise » agricole ou artisane (ce qui était largement répandu avant l’exode rural), la femme profitant donc au sein du foyer des profits de l’entreprise familiale, les cellules familiales se concevant alors de la sorte ; soit en tant que mère au foyer, qui, avant l’avènement de la société de consommation (et l’apparition des premiers « appareils ménagers ») constituait un véritable travail en soi, non rémunéré, certes, mais un foyer pouvait alors (encore) vivre avec un seul salaire. La bourgeoise, elle, aspirait à prendre son indépendance pour échapper à l’ennui d’une vie de mère au foyer, et se donner l’opportunité de pratiquer des métiers intéressants et épanouissants. On sent déjà une dichotomie de la perception du travail selon la classe sociale : au début du siècle dernier, la prolétaire subit déjà le travail comme une obligation, bien que la condition de mère au foyer lui permet parfois d’échapper à la violence du marché du travail que subit son mari ; mais pour la bourgeoise, le travail est perçu comme épanouissant. Bien entendu, le terme « travail » dans un cas ou dans l’autre ne renvoie pas aux mêmes emplois. Dans les années 50-60, une révolution des mœurs s’entame, et la principale cause en est l’expansion de la société de consommation. De nouveaux marchés s’ouvrent en conséquence, dont une bonne partie vise les femmes. En clair, pour les intérêts de la société marchande, il faut faire des femmes des consommatrices. Je renvoie à l’épisode des « torches de la liberté », fomenté par le propagandiste Edward Bernays aux États-Unis pour emmener les femmes à la consommation de tabac… 

Développer la consommation des femmes est impossible sans les faire travailler pour gagner leur propre salaire, indépendamment de leur mari. C’est pourquoi le féminisme a très rapidement obtenu des soutiens venus de la société marchande, du grand patronat, bref, de la société bourgeoise dite « progressiste ». L’opportunité de travailler, pour les femmes de la bourgeoisie, consiste à échapper à l’ennui du foyer en pratiquant un métier plus ou moins intéressant et épanouissant, dégager un bon pouvoir d’achat et consommer en toute liberté ! Pour les femmes des couches populaires, beaucoup plus nombreuses, la réalité de cette émancipation s’est mue au fil de ces dernières années de régression sociale en une obligation de travailler (un foyer ne peut plus aujourd’hui survivre avec un seul salaire dans les couches populaires). Les femmes prolétaires ne pouvant plus échapper à l’impératif de production comme c’était encore possible dans les sociétés traditionnelles, elles se retrouvent bien souvent à devoir faire double ou triple journée : échapper à la sphère d’influence du mari pour aller se jeter dans la sphère d’influence du patron (avec tout ce que cela peut impliquer en termes de rapports de pouvoirs), puis une fois rentrée à la maison, revenir à son mari, devoir s’occuper de la maison et des enfants quand il y en a, et ce, même en cas de partage des tâches domestiques. La bourgeoise pouvant toujours, elle, vivre son émancipation grâce à son pouvoir d’achat plus élevé en embauchant une baby-sitter et une femme de ménage, et donc dans les faits, vivre son émancipation sur le dos d’autres femmes…

Des fruits amers de l’ « émancipation » féminine que le féminisme de troisième vague tente de réparer en avançant un à un les concepts de partage des tâches, de charge mentale (pansement pour la double journée), de lutte contre le harcèlement sexuel au travail (pansement pour la prédation hiérarchique), sans jamais (ou si peu) remettre en question le travail de ces femmes, qui préféreraient pouvoir rester à la maison, s’occuper des enfants, du foyer, et grâce à la démocratisation des appareils domestiques (la société de consommation a au moins ça de bon), s’adonner à des activités associatives, culturelles, réellement épanouissantes bien que non-lucratives. Ou comment mépriser des effets dont on chérit les causes…

Pour enfoncer le clou de la congruence entre féminisme et société marchande, je tiens à faire remarquer que cette rareté, voire cette absence de remise en question de cet acquis qu’est le travail féminin (une obligation dans les faits) par le féminisme contemporain, s’accompagne en général d’un dénigrement de la condition de mère ou de femme au foyer, quasiment toujours présentée comme une régression « moyenâgeuse » (le travail étant présenté comme une liberté acquise de haute lutte), et d’une défense parfois réactionnaire de l’avortement, soit le moyen d’échapper non pas à l’impératif de production et à l’aliénation du travail pour les femmes pauvres, mais bien pour leur éviter la condition maternelle pour des raisons économiques ! En somme : tout le monde au boulot, les actionnaires n’attendent pas !

L’idéologie féministe n’ayant aujourd’hui qu’un rôle similaire à celui d’Edward Bernays dans les années 20, soit de faire « passer la pilule », si j’ose dire, de la régression sociale, par de l’ingénierie, appelée parfois par euphémisme volontaire « relations publiques ». En somme, faire accepter la dégradation de leur condition aux femmes les plus modestes en leur faisant croire qu’il s’agît d’une avancée sociale, d’une liberté, en empêchant la remise en question de ce modèle en présentant l’ancien, celui de la « femme au foyer » comme archaïque. En clair, pour les femmes, il s’agit de fabriquer des esclaves heureux, qui adorent par-dessus tout leur nouvelle condition de servitude. Le mythe de la domination masculine à travers l’histoire va également dans ce sens. En effet, le féminisme, à commencer par Simone de Beauvoir (qui n’était pas une prolétaire, au passage…) a toujours insisté sur cette domination, et sur le fait que la condition masculine était enviable pour les femmes, au plus grand mépris de la réalité des rapports de classes, des intérêts divergents de ces dernières cachés derrière une « lutte des sexes », remplaçant peu ou prou la plus concrète « lutte des classes ». On voit le résultat : les femmes sont maintenant exploitées… comme les hommes !

Voilà pourquoi, à mon sens, on ne peut être à la fois féministe et socialiste ou anti-libéral (au sens premier du terme), les deux idéologies comportent énormément de contradictions entre elles, le féminisme à partir de la deuxième vague ayant tenu la main du Capital pour l’aider à avancer masqué. A moins d’inventer une quatrième vague, plus axée sur les valeurs traditionnelles qui, à mon avis, protégeaient bien mieux les femmes (toutes les femmes), on peut toujours rêver…

Je pourrais aussi développer sur la confrontation entre l’individualisme insufflé par le féminisme et le capitalisme dans sa forme libérale, et un certain sens du collectif qui s’exprimait par la cellule familiale clanique, considérée avant le droit de vote des femmes comme un tout indivisible, constituant un réel frein aux pratiques consommatrices effrénées et individualistes, et donc un objet social traditionnel éminemment plus anti-capitaliste que le simple individualisme consommateur… Une réflexion portée sur la lutte des principes de valeurs opposées aux principes de profits (donc, de capital), que je regrette beaucoup de ne pas voir à l’extrême-gauche…

Quelques références de type livresques sur le sujet :

Et quelques vidéos pas trop con…

    Eric Zemmour sur le féminisme:
    Charles Robin, la gauche du Capital:
    David L’Epée sur Philippe Poutou, sur le féminisme de 19:00 à 26:00 :
    Un débat rigolo : Alain Soral dans l’émission qui lui est consacré à C’est Mon Choix « Pour ou contre le machisme d’Alain Soral ? » :

Pourquoi le néo-puritanisme est un féminisme

Le néo-puritanisme tel que je le décris est une posture visant à purifier le discours et l’espace public des opinions qui ne vont pas dans le sens de : la revendication de l’ « égalité » de principe entre les minorités et la majorité (soumise à interprétation) et l’abattement des normes sociales (celles-ci découlent toujours de la majorité). Cette dernière part du prémisse que les minorités sont toujours systématiquement opprimées par la majorité (une idée largement invalidée par la réalité et l’Histoire, d’ailleurs à ce propos, un exemple simplissime et « de gauche »). Alors que la posture néo-puritaine s’applique bien pour la lutte contre l’antisémitisme, la lutte antiraciste, et le mouvement LGBT, au nom des minorités identifiés que sont les juifs (traumatisme de l’Holocauste, fondateur à bien des égards), les racisés en tous genre, et les LGBT, force est de constater que les femmes bénéficient elles-aussi, bien mystérieusement, de ce statut de minorité opprimée, au nom de l’oppression et de la mise au silence qu’elles ont, dit-on, toujours subies.

Le féminisme de deuxième vague est en réalité spécialement calibré, dans l’identification de l’oppression masculine sur les femmes, a une définition néo-puritaine de l’oppression systémique que subissent les autres minorités. D’où l’incroyable collusion entre le féminisme et les autres mouvements anti-racistes, via le concept d’ « intersectionnalité ».

Là encore, pour des mouvements dits de gauche, le principe de lutte des classes est incroyablement absent ou très peu représenté (le faible revenu étant, parfois, considéré comme une « oppression », au même titre, voire même moins que le fait d’être Noir ou homo…). A cela il faut quand même illustrer par des exemples précis. Jacques Attali est-il persécuté parce que juif ? Christine Lagarde est-elle oppressée parce que femme ? Omar Sy est-il persécuté parce que Noir ? Bertrand Delanoë est-il persécuté parce qu’homo ? La réponse pour les quatre est la même : non. Ces quatre personnalités, parfois, voire souvent critiquées pour leurs seuls actes et discours, ne le sont que très rarement pour leur statut de « victimes » désignées de l’oppression. Et quand bien même cela peut arriver, c’est un phénomène qui est très largement marginal en France. Le néo-puritanisme nous vient des Etats-Unis. Là-bas, le combat antiraciste de la communauté afro-américaine a un sens du fait de l’histoire de l’esclavage prolongé et de la ségrégation. Le même combat en France n’a pas de sens, ou tout du moins, un sens extrêmement réduit (colonialisme, néo-colonialisme). De même pour l’homosexualité qui n’est pas reçu de la même manière dans les sociétés puritaines (protestantes) et les sociétés catholiques (comme la France).

La posture néo-puritaine identifie tout homme, tout Blanc, et tout hétérosexuel (le fameux « mâle blanc hétéro-cisgenre ») comme un être « privilégié », car ne subissant ni le racisme, ni le sexisme, ni l’homophobie. Or, les quatre personnalités citées (au hasard…) plus haut ne sont objectivement pas en état de souffrance de ces fléaux, car elles jouissent d’un privilège infiniment plus immense que celui d’être un mâle, un blanc ou un hétéro : celui d’être riche. La richesse balaie toutes les différences (songe à quel point on emmerde les jeunes musulmanes de banlieue pour leur voile, alors que les burqa des femmes de richissimes Saoudiens à Paris n’ont jamais offusqué personne…). Le néo-puritanisme a en effet un rôle pervers : diviser. Diviser les classes populaires sur des critères fallacieux, communautaires et victimaires (peut-être pour les empêcher de lutter ensemble?). Si ce discours rencontre un certain succès (surtout auprès de la jeunesse), c’est parce qu’il éveille de bas instincts narcissiques, et permet à de nombreuses personnes d’exister par la posture victimaire (ce qui en dit long sur l’état moral de notre société) : « je suis politisée parce que femme », « je suis politisé parce que noir », « je suis EXTRÊMEMENT politisée parce que femme noire lesbienne » (intersectionnalité), et le narcissisme va de mal en pis depuis la prolifération des « militants du genre », qui s’invitent de plus en plus sur le sigle LGBT, qu’il faudrait aujourd’hui écrire : LGBTQQIP2SAA, le genre n’étant après tout qu’une construction sociale, il n’y a désormais plus aucune raison qu’il n’y en ai que deux.

On pourrait en rire et dire que bientôt, il faudra une lettre pour chaque individu, afin d’inclure tous les particularismes et toutes les singularités, bref, tous les narcissismes !

Cette politisation de la différence (par rapport à la majorité), cette identification de « victimes structurelles » comme d’ « oppresseurs structurels », entraîne évidemment son lot d’absurdités, qui éloignent les luttes féministes, antiracistes etc. du domaine de l’universalité pour les jeter dans le communautarisme victimaire (« je souffre parce que je suis noir/femme/homo »). S’il y a des communautés « destinées » à être victimes, alors les autres ne le peuvent pas, puisque étant des « oppresseurs ». Ce qui explique la grande difficulté, voire l’impossibilité néo-puritaine de reconnaître le racisme anti-Blanc, la misandrie (« male tears »), ou l’hétérophobie et la « cisphobie »… Sans même parler de reconnaître la simple souffrance du mâle blanc hétéro-cisgenre face à… la précarité sociale !

Il est à préciser cependant, que le néo-puritanisme n’est pas une idéologie qui se suffit à elle-même, en cela qu’elle est une posture plus qu’une idéologie, bien qu’elle ait un socle d’idées bien défini (la lutte contre les discriminations et les rapports minorités / majorité). Il est tout à fait possible d’être anti-raciste sans être néo-puritain, comme il est possible d’être féministe sans être néo-puritain. C’est ce que j’évoquais brièvement un peu plus haut : anti-racisme, féminisme, etc. sont sensés être des humanismes, à vocation universelle et universaliste, c’est-à-dire acceptables par tous en l’état, et visant l’égalité réelle. Mais dès lors qu’ils adoptent une posture victimaire et communautariste (les deux étant intimement liés), ils plongent dans le néo-puritanisme, et cela peut prendre des degrés divers. Pour prendre un exemple très concret, quelqu’un qui se considère comme antiraciste universaliste, ne se focalisera pas sur la couleur de peau de son interlocuteur (plutôt sur ses gestes et ses paroles), pourra tout à fait se disputer avec un Blanc qui insulte les Noirs (l’inverse est vrai), en revanche, trouvera insupportable cependant un Noir qui pleurniche et qui accable les Blancs d’être à l’origine de ses souffrances. Une telle attitude est évidente pour certains, elle est inconcevable pour le néo-puritain, qui en principe ne focalise pas sur la couleur de peau mais qui cherchera quand même à multiplier ses interlocuteurs de couleur (pour paraître « de gauche » et « tolérant »), pourra se disputer avec un Blanc qui insulte les Noirs (mais l’inverse ne sera pour lui pas vrai ; le Noir insultant les Blancs ne fait que se défendre face à l’oppression), et acceptera bien sûr toutes les pleurnicheries de son frère de couleur au nom du racisme systémique des Blancs, quand bien même ce néo-puritain fusse blanc lui-même (ethnomasochisme). De tels exemples sont transposables pour les femmes, les juifs, les homos…

S’il y a des degrés de la posture néo-puritaine dans le féminisme en général, j’affirme qu’il est cependant structurel dans le féminisme de troisième vague. Bien entendu, également à des degrés divers. Il y en a des traces dans le féminisme institutionnel sauce Najat Vallaud-Belkacem (adepte de la théorie du genre qui n’existe pas) ou Marlène Schiappa (qui parle de « féminicide », concept fallacieux faisant la distinction entre le meurtre d’un homme et celui d’une femme, comme si une vie en valait plus qu’une autre!). Le féminisme d’extrême-gauche est déjà un peu plus néo-puritain (les déclarations de Caroline de Haas comme quoi « un homme sur deux ou trois… »), le féminisme dur militant l’est carrément, au point de faire la distinction entre les « concernées » et les « non-concernés », et d’interdire réunions et manifestations aux hommes, perçus comme des ennemis structurels… On est bien loin de l’universalisme affiché de départ…

Petites vidéos sur le sujet de Charles Robin, auteur de La Gauche du Capital :

    Charles Robin confronté à la logique néo-puritaine :
    Le féminisme est-il un extrémisme ?

Sur la misandrie dans le mouvement féministe

Ce qui nous emmène naturellement à aborder le sujet de la misandrie. Je ne résiste pas à l’envie de citer, non pas des militantes extrémistes marginalisées, mais bien des féministes célèbres ayant eu un grand écho dans le mouvement.

« Chaque homme sait, au fond de lui, qu’il n’est qu’un tas de merde sans intérêt. »

« Les hommes qui essaient de nier leur sous-humanité, en voyant les SCUM arriver sur eux comme une lame de fond, devront hurler de terreur. »

Valérie Solanas, écrivaine et théoricienne, fondatrice du SCUM (Society for Cutting Up Men – Société pour couper les couilles aux hommes)

« Tous les hommes sont des violeurs et c’est tout ce qu’ils sont »

Marilyn French, écrivaine, conseillère de la campagne présidentielle d’Al Gore.

« Je crois que la haine de l’homme est un acte politique viable et honorable. »

Robin Morgan, philosophe

« La proportion des hommes doit être réduite et maintenue à approximativement 10 % de la race humaine. »

Sally Miller Gearhart, professeur dans l’enseignement supérieur, activiste lesbienne et théoricienne.

« Tout rapport sexuel, même s’il est consensuel, entre un couple marié, est un acte de violence perpétré contre la femme. »

Catherine MacKinnon, Juriste et militante féministe américaine, elle enseigne « le droit des femmes ».

« Quand une femme jouit avec un homme, elle ne fait que collaborer au régime patriarcal, rendant érotique sa propre oppression. »

Sheila Jeffreys, penseuse.

« Si la vie consiste à survivre sur cette planète, il doit advenir une décontamination de la Terre. Je pense qu’elle sera accompagnée d’un processus évolutif qui résultera sur une réduction drastique du nombre d’hommes. »

Mary Daly, ancienne professeur au Boston College, refusait les étudiants mâles à ses cours de « Women Studies ».

Et je ne parle même pas des Femen, leur simple nom est synonyme d’extrémisme (elles le revendiquent elles-mêmes) et de vulgarité.

Ces citations enfoncent le clou et illustrent bien ce que je dis dans la section précédente : quand le féminisme cesse d’être un universalisme, qu’il devient néo-puritain, et donc communautariste, victimaire, considérant les femmes comme une catégorie à part des hommes, victimes systémiques de l’oppression masculine, alors qu’est-ce qui empêche la penseuse, la militante etc. féministe de tomber dans la misandrie, la haine de l’homme la plus crasse, puisque celui-ci est un affreux oppresseur ?

J’ai bien conscience que ces exemples sont extrêmes à dessein, et qu’ils ne sont absolument pas représentatifs. Mais la généralisation du féminisme dans sa version « communautariste » et donc dans sa version « néo-puritaine », l’insémination de ces idées chez les femmes, même du quotidien, adhérant au féminisme car adhérant à « l’égalité », sans y prendre plus garde, est inquiétante. Quelle barrière les empêchera-t-elles de tomber dans la haine névrotique du sexe masculin, si ce n’est le bon sens universel ? Mais que reste-t-il du bon sens universel dans la France d’aujourd’hui ?

Sur l’avortement: la question épineuse

« Il y a deux visions de l’avortement :

1) La vision progressiste, qui permet à une fille d’éviter d’être mère dans de trop mauvaises conditions pour elle et pour l’enfant (viol, accident contraceptif chez la fille trop jeune, trop grande précarité sociale…). Un avortement dont le droit à récidive devrait être contrôlé, pour qu’une liberté acquise ne tourne pas au droit à l’irresponsabilité remboursée par la Sécurité sociale.

2) La vision réactionnaire, celle du « mon corps m’appartient » de la femme dégradée en jouisseuse consommatrice qui, ne voulant pas voir plus loin que ses désirs individualistes conçus comme des droits (c’est mon choix), a perdu tout sens du devoir ; tout sens du lien de l’enfantement avec le sacré (donner la vie) et le collectif (perpétuer l’espèce).

Déresponsabilisation de l’individu et désacralisation de la vie qui conduisent aujourd’hui le législateur à porter à douze semaines la limite légale de l’avortement, en attendant plus, toujours plus… jusqu’à la banalisation planifiée de l’infanticide.

Inconséquence érigée en style de vie, pour que tourne à plein la société-du-désir-de-consommation, qui permet aujourd’hui à la « jeune fille moderne » d’être à la fois pour l’avortement le plus libre, contre la peine de mort (pour des coupables lointains mais pas pour l’innocent dans son ventre) et écologiste : toujours prête à laisser faire la nature, sauf quand celle-ci s’adresse directement à elle. »

Alain Soral, Jusqu’où va-t-on descendre ?

Je ne balaie pas l’avortement du revers de la main en tant qu’acquis du féminisme. Il ne faut pas jeter le fœtus avec l’eau du bain… Je maintiens que l’avortement est une chose laide, et qu’à la vue d’un petit fœtus avorté ( https://www.youtube.com/watch?v=v0QfIaqRHMk ), on peut légitimement se poser la question de la portée morale de ce geste, sans même avoir recours à un argumentaire religieux (il est d’ailleurs regrettable que les seuls catholiques se saisissent de cette question en France… à moins qu’ils soient les seuls « anti » à être interrogés…).

Cependant, tout comme la contraception, une femme doit avoir la possibilité de réguler sa fécondité. Et surtout, lorsqu’elle a recours a un avortement, elle doit pouvoir le faire dans de bonnes conditions et l’hygiène, sans risquer de mourir d’une mauvaise intervention. Je ne reviens pas dessus.

Mais l’avortement étant une chose fondamentalement laide, sa banalisation, tant dans l’espace « publicitaire » et militant, et dans le nombre d’interventions (plus de 200 000 avortements par an en France) me répugne, car elle témoigne justement de sa vision réactionnaire évoquée plus haut. Le discours autour de l’avortement, comme fait accompli et évident, est devenu aujourd’hui extrêmement arrogant par ailleurs. La sempiternelle question du « Mon corps m’appartient » est ici contestable au moins sur un point : si l’enfant grandit dans le corps de la femme, le corps de l’enfant appartient-il à la femme ? Quant à rétorquer que le fœtus n’est pas né donc qu’il n’est pas en vie, voilà un débat éthique qui est légitime (voir vidéo) mais qui doit être reconnue comme insoluble par les deux parties. Or, cette humilité élémentaire qui devrait caractériser tout débat éthique est devenue absente des discours féministes contemporains… Ce qui n’étaient pas le cas des féministes de première ou deuxième vague, qui se sont battues pour ce droit, y compris de la bouche de Simone Veil elle-même ! « L’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue »…

Ceux qui pointent du doigt le caractère peu moral du geste, ou qui en contestent le traitement médiatique extrêmement complaisant (voir le documentaire d’Arte diffusé il y a quelques jours…), sont dépeint au mieux comme des illuminés nostalgiques du Moyen-Âge, au pire comme d’immondes fascistes souhaitant réprimer « la liberté des femmes ».

Ayant cette analyse de la situation actuelle, je ne conteste donc absolument pas la liberté des femmes à avorter quand cela est nécessaire, mais j’aimerais qu’on insiste un peu plus sur la liberté des femmes à… ne pas le faire.

 

Auteur : mathieucjvergez

Musicien, étudiant en journalisme et apprenti pamphlétaire. Atteint de populisme aigu.

Une réflexion sur « De la remise en question du totem féministe »

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